17/04/2004

Sortons de nos faux rêves ...

Me déplacer dans ces collines verdoyantes ou enneigées selon les saisons, sauvages, exubérantes, difficiles, éreintantes, m'oblige à considérer mes limites. Sans fausse pudeur… Là plus de voiture ! Plus de ridicule confort « grossissant » à outrance ! Rien qu'une nature brute, presque brutale. Un endroit où je me sens devenir une personne différente, presque ignorante des conventions du bien vivre et du bien croire de « ma » société. Marcher, suer, m'agripper, descendre, monter : voilà ce qui pour moi devient une véritable prouesse physique et mentale. Le corps et l'esprit sont mis à l'épreuve de l'endurance… Pénétrer ces espaces sauvages plus d'une heure exténue... Mais d'où vient donc toute cette sueur ?!!! Tous mes muscles se fatiguent, s'épuisent…suer… je rêve d'être sous la douche !!!Soudain me vient une idée, forte, tenace : pourrais-je rester, deux jours, seul(e) dans cette forêt pourtant incroyablement riche....comment me préparerais-je simplement un repas ? !!! Je constate que, nous, les Occidentaux, petits, grands, gros ou maigres, nous ne sommes absolument pas équipés physiquement pour nous déplacer dans cet espace naturel… Où plutôt « nous ne sommes PLUS équipés »… Normalement, nous devrions savoir nous déplacer dans ce milieu naturel tout simplement parce que c’est NOTRE milieu. Normalement, nous n'aurions pas besoin d'écologie! Nous connaîtrions ces pierres, ces mousses, ces ravins, ces hautes herbes, et les bestioles qui les peuplent constamment ici !!! Nous nous laisserions guider par nos pieds et aussi sans doute par son instinct. Oui…Nos pieds qui mènent nos yeux... un peu de repos, même pas vraiment nécessaire, puis reprendre la route, jamais plus vite, jamais plus lentement… Mon Dieu ! cette nature merveilleuse, me fait tourner la tête : qu'est-ce qu'elle est belle!Il faut avoir expérimenté ces "promenades" pour comprendre, pour sentir au plus intime de l'être vibrer cette certitude 'équilibre :apprendre à ne pas trop boire pour ne pas trop suer, car suer fatigue…! apprendre à se reposer au bon moment, au bon endroit ; apprendre à ne pas accélérer la marche, même quand le sentier offre une passe plus facile... apprendre à doser et à équilibrer corps et l'esprit comme une charge qui pèse sur le dos et sur la tête…Mais rien ne m' a préparé, dans ma vie trop confortable Occidentale, à ce genre d'exercice car pour moi, c'est un exercice ! Rien ne m'y a préparé, pas même les cours de danse, le jogging, la natation ou le tennis ! Suer, traîner ma carcasse, craindre la prochaine montée pour ensuite redouter la descente...! Mais ce n’est pas grave : j'y découvre un trésor unique : la nature… et je me souviens de ces paroles amérindiennes lues un jour : "nous prions pour vous, petits frères, parce que vous avez oublié votre mère la terre"…découvrir un trésor dans les chants des insectes ou des animaux, dans les saveurs des fruits sauvages, dans le ciel brûlant, dans la pluie ou dans la neige, Mais après avoir eu ce mal, je sens alors monter en moi une sensation intense... une sorte d'euphorie générant en mon coeur la certitude de ne faire qu'un avec cette nature… ou plutôt de n'en être qu'un élément... oui, je ressens une sorte de mysticisme qui me poussera à crier mon admiration à ce Créateur inconnu qui a conçu et donné aux hommes, aux animaux et aux pierres de telles splendeurs d'équilibre et de fantaisie... avec le choix et la liberté en plus pour nous ses enfants humains… et je me fiche de ceux qui pensent que "cette notion de croyance n'est qu'une illusion, un signe de faiblesse ou un besoin irrationnel de consolation" ! J'apprends, ou je ré-apprends, à jouir de ces silences merveilleux que nul moteur, nulle industrie ne vient gâcher : jouir de ce silence dans lequel les chants d'oiseaux servent d'instruments… jouir d'être là... J'apprends à écouter mes muscles, mon coeur, ma vue. J'apprends à m'écouter parce que je découvre que je suis partie de la "nature"... être là ! quelle merveille d'être là, assis sur une pierre ou un tronc abattu par le vent…Comme c'est bon d'admirer la voûte des arbres et de méditer sur l'incroyable équilibre qui rythme ces espaces sauvages, pourtant sagement aménagés par le Créateur. Fragile équilibre tellement menacé par la main de l'homme… Mais bien sûr, nous n'ignorons pas, même là au cœur de la forêt, que les « timoniers de la finance industrielle internationale » prétendent devenir les maîtres de la planète dont ils font une nef de fous. Et ils accusent Dieu d'être absent, ou négligent, ou inexistant, comme ça, ils peuvent continuer ça rassure le bon peuple...!Creuser, exploiter et polluer la Terre sont des pratiques tellement familières pour l'Occident que même les cris d'alarme des scientifiques, pourtant occidentaux, ne suffisent plus à émouvoir les décideurs de l'économie et de la finance, trop contents de voir les politiciens à leurs bottes. "Non, vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus" pestait le chef huron Kondiaronk, au XVIIe siècle, contre l'envahisseur européen. Pauvres de nous! Nous le sommes peut-être plus que jamais, misérables...L'Occident n'a plus qu'un seul orgueil, un seul but, un seul mot d'ordre : entasser ! "Entassons ces richesses, accumulons ces fortunes". Penserait-il qu'elles sont éternelles et immuables ? penserait-il surtout qu’elles sont positives ? Pourtant on sait qu'il ne s'agit là que de richesses matérielles... Et que pour l'heure, la folie meurtrière du gain justifie d'autres entassements : cadavres, déchets, épidémies, missiles, etc. et cette soif incontrôlable de posséder blesse, non seulement le genre humain, en générant des différences anormales de classes sociales, mais elle égratigne l'équilibre naturel lui-même, ne serait-ce qu'à un niveau philosophique insoupçonné des économistes qui, eux, créent de nouvelles lois "naturelles" : celles du marché... tellement naturelles que parfois elles leur échappent...Des lois "naturelles" du marché ? Que peut-il y avoir de naturel dans une économie qui engendre et favorise le jetable alors que Mère-Nature se contente de recycler ? A quoi bon évoquer des lois "naturelles" pour le dollar, quand la puissance intellectuelle –étonnante !- et ses capacités technologiques –énormes !- n'ont plus de naturel que dans l'asservissement de l’être humain à un type d'économie que d'aucuns acclament comme "triomphante" ? J'en suis arrivé à me demander : triomphante de quoi ? Des squelettes africains ? Des enfants prostitués de Haïti ou de Thaïlande ? Des traités amérindiens non respectés ? Des très rares espaces verts ou blancs de la planète demeurés, oserais-je dire, intacts ?L'Occident s'est habitué à faire planer sur lui-même le danger de son éradication, et se contente de ronronner en regardant ses comptes en banque… comme si ça protégeait ! L’Occident a-t-il le droit pour autant de couvrir la planète entière du même risque ? Serait-ce que, délirant dans son rêve de grandeur et de puissance, il en est arrivé à ne plus croire qu'en sa Science et en ses Finances qu’il divinise sur l'autel de la Raison perdue ? Serait-ce qu'il est vraiment devenu fou ?Ne pas retourner à la terre, mais en vivre et en mourir : voilà une affirmation de la sagesse traditionnelle des Amérindiens qui invite à regarder la Terre avec les yeux de l'amour et de la tendresse. Pas besoin d'écologie : juste d'un peu de bon sens... C'est rétablir la grande harmonie entre chaque élément de la Terre-Mère... éléments dont nous faisons partie, même si nous l'avons oublié...Réveillons-nous... sortons de nos faux rêves....
(Un texte de Tortue aimante)

14:59 Écrit par Maurice Pécriaux | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

un bijoux... ...ce texte, vraiment!
Dommage pour la mise en page, un gros bloc, c'est dur à lire...
Mais sinon, excellent :D

Écrit par : Phil | 03/05/2004

Voyage initiatique Il y a quelques années, j'ai choisit de quitter pour quelques temps le monde de l'homme "moderne"(le monde "propre en ordre" de mon pays, la Suisse) , je me suis retrouvé dans la jungle du Vénézuela à errer dans ce monde qui ne semblait pas être le mien mais qu'au fond de moi je connaissais, je me sentais guidé, j'ai toujours fait confiance à la vie, j'ai toujours dit qu'une "bonne étoile" m'accompagnait.
Quelque chose de plus puissant que les "valeurs" de l'homme moderne m'habite, j'aime laisser mon esprit errer à sa guise. Et quand je suis parti, c'est cet esprit que j'ai suivi, plus que la raison. Et je me moquais des commentaires autour de moi, "fou !", "inconscient !" et j'en passe, j'ai balayé ces arguments d'un revers de main. Je me suis écouté et je suis parti dans cette jungle parce que je devais y aller. Je n'ai pas eu de vision sinon que je me suis vu comme faisant partie d'un ensemble, en harmonie dans un tout. J'ai entrapperçu Wakan Tanka,loin du béton et du bruit inutile de la ville.
Je me suis enfoncé seul dans la jungle, malgré les avertissements des gens du coin. Je devais le faire, c'est tout, l'homme "moderne" se pose trop de mauvaises questions. Même si je devais mourir par une morsure de serpent, je savais que je rentrais chez moi et cela me rendais heureux et serein.
Les premiers jours seul furent très durs, faim, soif, fatigue et moustiques surtout, mais l'homme est résistant.
Sur mon chemin apparu un petit village. Là, je réappris à vivre selon la Tradition. Je me rappelle encore du goût de Wakan Tanka dans ma bouche, larves blanches bien juteuses, fruits, singes...La Nature est généreuse et nourricière.
Je me suis rappellé qui j'étais.
Et même si je suis retourné en Suisse après trois mois là-bas, je sais maintenant qui je suis. Je pense que ce fut là mon voyage initiatique, mon "pélerinage", dans le sein de la Terre-Mère.
Et je me moques d'être souvent traîté de "sauvage", d'"associal" ou de "fou", je sais d'oú je viens et ou je retournerais.
Le jour de ma mort sera une belle journée, car je sais oú se trouve ma maison.

Amicalement

Écrit par : Philippe | 14/05/2004

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