16/04/2004

Déclaration du Chef Seattle à l'attention de F. Pierce, président des EU d'Amérique en 1855

 

Dès leur arrivée dans ce qu’ils croyaient être l’Inde, les “découvreurs” de l’Amérique ont tout fait pour dépouiller ses habitants originaux de leurs terres.

En 1855, Franklin Pierce, le 14è président des Etats-Unis propose un curieux marché au Chef Sealth des Duwamish : l’achat des terres sur lesquelles sa tribu a toujours vécu en échange d’une réserve. La réponse de Sealth nous concerne tous. En voici les passages essentiels :

Comment peut-on acheter le ciel, ou la chaleur de la terre ? Cette pensée nous paraît étrange. Et puisque nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air ni le miroitement de l’eau, comment peux-tu nous les acheter ?

L’eau scintillante qui coule dans les rivières n’est pas seulement de l’eau, mais le sang de nos ancêtres. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père. Les fleuves sont nos frères. Ils étanchent notre soif. Ils portent nos canoés et nourrissent nos enfants. Si nous vendons notre terre, il faudra vous en souvenir et l’enseigner à vos enfants , et vous devrez traiter les fleuves avec l’amitié due à un frère.

Il oublie la tombe de son père et l’héritage de ses enfants. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme de la marchandise, à acheter, piller, vendre, comme des moutons ou des perles de verre. Sa voracité dévorera la terre et n’en laissera qu’un désert.

A quoi bon vivre si l’on ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang, la nuit ? Nous autres, nous aimons le doux son du vent sur la surface du lac, et l’odeur du vent, lavé par la pluie de midi ou alourdi par le parfum des pins.

Le vent qui a donné son premier souffle à notre ancêtre a aussi reçu son dernier soupir, et il insuffle la vie à nos enfants. Et si nous vendons notre terre, vous devez la tenir pour sacrée, comme un endroit où tout homme puisse sentir le vent adouci par les senteurs des fleurs sauvages.

Croyez-vous que vous pouvez tout faire à la terre, uniquement parce qu’un homme a signé un bout de papier et vous l’a donné ? Et comment ferez-vous pour racheter tous les bisons lorsque le dernier d’entre eux aura été tué ? L’homme Blanc, provisoirement maître du pouvoir, pense qu’il est déjà Dieu, à qui la terre appartient ? Mais comment un homme peut-il être le maître de sa mère ?

D’une chose nous savons, que vous découvrirez peut-être un jour : notre Dieu est le même. Il chérit cette terre, et la saccager c’est accabler le Créateur de mépris. Continuez à salir votre couche, et une nuit vous mourrez étouffés par vos propres déchets. Mais en disparaissant vous rougeoirez comme un incendie, foudroyés par la force de Dieu qui, par un dessein connu de Lui seul, vous donna pouvoir sur cette terre et sur nous.

Mais lorsque le dernier Homme Rouge aura disparu et que son souvenir ne sera plus que l’ombre d’un nuage au dessus des prairies, l’âme de mon peuple continuera à vivre dans ces forêts et sur ces rivages, car nous les avons aimés comme un nouveau-né aime les battements du cœur de sa mère.


20:02 Écrit par Maurice Pécriaux | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Le mythe du Chef Seattle Énormément chéri par les coeurs verts est le mémorable discours de 1854 attribué au chef indien Seattle, des tribus Suquamish y Duwamish -dont de longues citations courent le monde, dans des articles, des films, à l'entrée de parcs nationaux, sur Internet. Certaines nous sont devenues excessivement familières :

"Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?
La Terre n'appartient pas à l'homme ; l'homme appartient à la Terre.
L'air est précieux pour l'homme rouge, car toutes les choses partagent le même souffle...
Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait dans une grande solitude spirituelle. Ce qui advient aux bêtes advient bientôt aux hommes...
J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister."

Très joli, très poétique. Juste un petit problème : les citations sont une falsification (http://www-formal.stanford.edu/jmc/progress/fake.html). Les paroles ne sont pas du chef Seattle, mais d'un scénariste de la télévision de 1970, Ted Perry. Comme l'a découvert la journaliste Paula Wissel, Perry écrivit le "discours" pour le scénario d'un documentaire sur l'environnement parrainé par la commission de Radio et de Télévision Baptiste du Sud, et diffusée par la chaîne ABC. C'est un membre même de la tribu Suquamish qui dénonça l'imposture. Paula Wissel obtint tous les renseignements auprès de Rick Caldwell, du Musée d'Histoire et d'Industrie de Seattle, et de Rudolf Kaiser, un chercheur allemand. Tous deux poursuivirent le mythe et remontèrent jusqu'à Ted Perry, qui cherchait quelques citations du 19e siècle à inclure dans son scénario écologiste. Malheureusement, en 1850, aucun indien n'usait du jargon écologiste de 1970. Caldwell, depuis, passe son temps à répondre sur des questions concernant le discours mythique. Mais il se trouve toujours des irréductibles qui, malgré les faits (les bisons ne vivaient dans ce climat humide, les trains n'arrivèrent à Seattle que 14 ans après la mort du chef indien, etc.), se refusent à accepter le fait que ce discours soit un faux.

Écrit par : Ase | 29/04/2004

Au diable... Au diable, ce n'est pas important de savoir s'il y a eu tromperie ou pas, ce qui compte, c'est l'Esprit, et il y est !

Écrit par : Philippe | 14/05/2004

Que de vérités...malgré tout ! J'ai lu le texte et ses deux précédants commentaires. S'il est vrai que ce fut manipulé, il n'en demeure pas moins que des vérités sont dites et doivent être dites. Je suis européen, mais je n'ai jamais accepté le sort réservé aux vrais américains et, non plus, sous-estimé le pouvoir de la terre et de l'homme à travers elle. Cette quète est en train de devenir la mienne depuis peu et je n'en suis qu'aux balbutiements.

Écrit par : Nanook | 20/05/2004

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